Antenne BaltiqueLa chatte des chartreux «Fleur» habite tout au nord de l’Allemagne, et cela se sent bien au travers des lignes de ce texte. Par la plume de sa maîtresse, elle nous fait le compte-rendu détaillé de sa gestation, de sa mise-bas et de l’éducation de ses petits. Avec ce récit, nous souhaitons montrer à nos lecteurs ce qui pousse l’éleveur amateur à se lancer dans cette aventure. Il ne s’agit en aucun cas, et vous le verrez vite, d’élevage à but commercial, mais bien de l’amour pour son animal et de la joie de faire naître et de voir grandir d’adorables chatons en bonne santé. Bien sûr, cela ne se passe pas toujours aussi bien qu’on le pensait avant, et ce petit texte ne vous épargne pas les déboires qui peuvent arriver. Mais ce que l’on retient à la fin, c’est surtout la joie d’avoir réussi au bout de la merveilleuse aventure à trouver pour ces petits chatons un foyer aussi aimant que celui de leur mère...  |  | |
Cela faisait maintenant plusieurs jours que je traînais mon ventre distendu et mes reins douloureux de future mère d’un coin à l’autre de la maison. Il n’y avait que ma maîtresse qui affichait avec sérénité un sourire satisfait. Car il avait fallu plusieurs tentatives de saillie (l’une d’elle avait même été prévue pour nous donner des petits chatons de Noël…fausse alerte…et grosse déception !) avant que mon état soit enfin à la hauteur de toutes les attentes, et ma maîtresse avait décrété dès la bonne nouvelle : «Maintenant que ça y est, surtout plus d’angoisses, plus d’énervements, laissons faire la Nature, elle sait bien ce qu’elle fait !».
Elle était quand même partie à ses cours ce jour-là, mais à 17 heures, elle était enfin rentrée. Peu avant que les contractions ne commencent, nous étions encore affalés sur la peau de mouton, patte dans la patte, mon meilleur ami Henri-Pierre et moi. Puis cela s’est déclenché, et finalement, tout s’est déroulé comme du papier à musique. Ma maîtresse m’a délicatement déposée dans la «caisse de mise-bas» (un landau sans les roues ni la capote), préparée de longue date pour la grande occasion. A six heures et demie, le premier chaton était déjà né ; il était très petit, mais nous ne nous en sommes rendu compte qu’après, en le comparant aux deux autres. Le deuxième chaton avait décidé de venir par le siège. Très douloureux pour moi, mais grâce à ma maîtresse, tout s’est bien passé. Enfin, le troisième est né, lui-aussi. Notre maître s’est chargé de les frictionner pour les sécher et de les peser, puis tout ce petit monde s’est retrouvé installé au «milkbar». J’étais enfin devenue maman à mon tour, et j’étais très fière de mes «souriceaux bleus». Très vite, ils grandirent, et même ma petite crevette faisait de gros efforts pour rattraper les deux autres. Mes deux «pourvoyeurs de croquettes-ouvreurs de boîtes» l’avaient même appelé «Antenne Baltique», car quand il tétait, il y mettait tellement de cœur à l’ouvrage que sa petite queue oscillait comme une antenne sous les vents marins de chez nous… Malgré tous ses efforts et ceux de mes maîtres à le biberonner, il fallu l’endormir car il ne serait jamais devenu un chat adulte en bonne santé. Mes deux autres bébés avaient donc le «milkbar» pour eux tout seuls, et ils s’en donnèrent à cœur joie. On les baptisa, mais il fallu de longs conciliabules pour trouver le nom approprié pour chacun d’eux. On alla même demander conseil à une «experte» en la matière : ce devait être des noms à consonance française afin qu’ils soient en harmonie avec l’affixe. On choisit Arielle et Alphée pour la chatonne et le chaton.
Le déménagement dans la caisse d’élevage se fit dans les meilleures conditions. La barrière qui l’entoure fut déplacée au fur et à mesure de notre croissance, afin de nous permettre d’agrandir progressivement notre «rayon d’action et d’investigation». J’en profite pour remercier chaleureusement mon maître, car en concevant toute cette installation, il a vraiment pensé à tout : le toit est amovible, afin de faciliter l’accès à tout moment, la partie «promenade» peut être augmentée ou diminuée selon la nécessité. A un certain moment, il y a installé la caisse à litière et l’apprentissage de la propreté s’est fait en douceur. En surveillant quotidiennement le poids des chatons, nous avons pu nous rendre compte que le sevrage se déroulait dans les meilleures conditions.
Petit à petit, mes bébés devenaient de vrais petits chats et ils leur fallait de plus en plus d’espace. Il était temps de commencer leur éducation et mes maîtres et moi nous répartîmes les tâches. On habitua Arielle et Alphée aux bruits de la maison, à être manipulés par la main de l’homme, mais aussi aux vérifications quotidiennes et hebdomadaires de tout ce qui avait trait à leur santé. Comme dit si bien ma maîtresse dans son patois d’Allemagne du Nord : «Watt mutt, datt mutt» (quand faut y passer, faut y passer ! )
Ils approchaient tout doucement de l’âge de 12 semaines et la question de trouver un bon foyer à mes bébés se posa. Et c’est en écoutant les longs échanges de mes maîtres sur les qualités et défauts respectifs des «candidats à l’adoption» que j’ai pu me rendre compte de la difficulté d’une telle tâche.
Mais on eut vraiment beaucoup de chance : un jour, deux personnes vraiment très sympathiques arrivèrent à la maison. On tomba tous sous le charme : ce serait eux et personne d’autre ! Il y a au moins trois heures de route entre notre maison et le nouveau foyer de mes petits, mais qu’importe ! puisqu’ils n’auraient pas pu tomber mieux... Ce sont mes maîtres qui me l’ont dit, car ils sont déjà allés en visite là-bas.
Rédigé pour ma «petite» chatte Fleur Bettina Maurer, mars 2005 |